JOURNAL D’UN STAGIAIRE

DIMANCHE

 

14h, arrivée sur l'aéroport d'Ajaccio ; je saute dans un taxi et indique au chauffeur l'adresse du CREPS ; grimace, la structure est toute proche de l'aéroport…

Dans le hall, peu d'activité ; quelques silhouettes jeunes, sportives et scandaleusement hâlées apparaissent puis disparaissent. Sur un banc, deux individus manifestement aussi perdus que moi semblent surveiller les arrivants et leur regard teinté d'incertitudes m'accroche. Je m'approche et engage le dialogue : gagné ! ce sont des stagiaires arrivés dans la matinée qui guettent une occasion de pouvoir prendre possession de leur chambre et poser leur valise.


Présentations rapides, ce sont deux " pays ", Principaux de Collège dans l'Académie de Toulouse, déjà compères en matière de formation sécurité routière.
Il m'indiquent le chemin de la cantine ou l'on accepte fort gentiment de me servir un repas en dehors des heures légales. 16h30, le hall s'est quelque peu rempli, et l'arrivée de
Sylvette Pierron

, Présidente de l'IFFO-RME est quasi ovationnée. Elle opère immédiatement la répartition des chambres.

La plupart des stagiaires logera au CREPS (dont le confort pourrait en remontrer à bien des 2 étoiles), mais faute de place, nous serons quelques-uns à être hébergés dans une structure toute proche, " un peu moins confortable peut-être, mais située en bordure de plage "…

 Le CREPS d'Ajaccio


Michèle, charmante SID-PC Paloise à l'accent pointu, et Evelyne chargée de mission à l'IFFO-RME sont logées à la même enseigne que moi. Hum…sportifs, voire spartiates, sont les mots qui conviennent pour qualifier nos chambres, mais nous sommes en single (contrairement aux bruits qui avaient couru avant le stage) et la mer est à nos pieds. La Présidente s'éclipse avec discrétion et quelques minutes plus tard, nous terminons cette journée en maillot de bain !

LUNDI

Plusieurs stagiaires nous ont rejoint dans la soirée et c'est maintenant un groupe de 6 exilés que l'autobus du CREPS vient chercher à 8h pour le petit déjeuner.

 


9h, début du stage : le Directeur du Creps nous souhaite la bienvenue dans son établissement et le Recteur de l'Académie de Corse, Monsieur Pantaloni, nous rappelle l'implication de l'Education Nationale dans la pédagogie des risques majeurs ; tout cela est rapide et de bon goût…

Puis, le Directeur de Cabinet du Préfet, Olivier Jacob, prend la parole afin de rappeler le cadre législatif dans lequel la Préfecture est amenée à traiter les risques majeurs, et détaille les spécificités du risque majeur en Corse.


Son discours est clair, la langue de bois évitée. La notion de risque zéro qui semble se dessiner en matière de risque naturel lui apparaît comme une tendance nouvelle avec laquelle il sera difficile de composer !

Le Recteur et le Chef de Cabinet du Préfet


Jaques Faye, chef du bureau de l'information et de la coordination interministérielle expose ensuite la politique du MATE en matière de mitigation (réduction du risque) et Sylvette Pierron clôture ce ballet des " officiels " en présentant l'Association et le réseau IFFO-RME, ainsi que les objectifs de la formation.
Jacques Faye 


10h30 - café (bienvenu) et présentation du groupe; Nous sommes 25 stagiaires et, comme prévu, l'Education Nationale se taille la part du lion: Proviseurs, Principaux, Directeurs d'école, professeurs et instituteurs, conseillers pédagogiques, documentaliste et même une infirmière conseillère technique de l'Inspecteur d'Académie ; je remarque que beaucoup se sont déjà investi dans la Sécurité routière…


Le Ministère de l'Intérieur à travers le SIDPC (Service Interministériel de Défense et de Protection Civile) est également bien présent et quelques associatifs complètent le tableau.

La matinée se conclut avec André Patte et Martine Philibert de l'IFFO-RME qui brossent une approche générale du risque majeur et de sa terminologie.


L'après-midi est entièrement consacrée aux thèmes de la protection et l'information préventive des populations. Ce sujet est traité par Jean-Paul Hungerman, Directeur du SID-PC et le Commandant Mouton du SDIS (Service Départemental d'Incendie et de Secours) pour la Corse du Sud.

 

Nous étudions avec eux toute la chaîne de décision et d'intervention selon le type et l'ampleur du risque; en fin de soirée, nous sommes tous sous le charme du SDACR, des PPR, PPI ainsi que des COGIC et autres CIRCOSC !


Le groupe des six piaffe à l'idée de piquer une tête…

 Les stagiaires attentifs

 MARDI

Cette journée est axée sur le risque industriel et la visite de sites. En matinée, nous sommes reçus à l'usine de stockage et d'embouteillage de la société Elf-Antargaz d'Ajaccio; le Directeur et ses collaborateurs se rendent entièrement disponible pour notre groupe et nous accompagnent dans une visite commentée du site.
 La visite du site industriel 

 

Nous abordons tous les aspects du risque et détaillons POI (Plan d'Opération Interne) et PPI (Plan Particulier d'Intervention). Nous évoquons également les problèmes d'urbanisation que pose ce genre d'usine qui limite les possibilités d'extension de la ville d'Ajaccio et qui se situe sur un site particulièrement propice à de gros projets immobiliers.

 

 Anecdote Corse

La zone de risque maximum (Z1) s'étend dans un rayon de 300m autour des cuves; en cas d'accident majeur, tout ce qui se trouve dans ce périmètre est liquéfié ; lorsque nous faisons le tour des cuves, nous apercevons des baraquements officiels jouxtant le grillage clôturant l'usine: il s'agit du cantonnement d'un peloton de gendarmerie et d'une compagnie CRS ; de l'autre côté de la route, à quelques centaines de mètres, des collines surplombent le littoral.
De temps en temps, des coups de fusil partent des collines en direction des casernements ; nous avons même entendu parler d'un tir de roquette…
Ubu n'aurait'il pas un cousin Corse ?

 

 

La visite est clôturée par un somptueux apéritif auquel tous les employés de l'usine se joignent

 

Nous retrouvons notre autobus et partons en direction du barrage EDF de Tolla.


Après un déjeuner fort agréable à proximité du site, nous effectuons la visite de l'ouvrage. Nous évoquons les mesures de surveillance, les contrôles annuels et les procédures d'alerte en cas de menace de rupture.

  

 Anecdote bien française


Ce barrage est un peu particulier car il se compose en réalité de deux barrages accolés l'un à l'autre ; en effet, la première partie de la construction est réalisée selon le modèle de Malpasset dont la structure a présenté de dangereuses faiblesses lors de sa mise en eau…
En cours de construction, le barrage de Tolla sera doublé d'un second barrage (d'un modèle différent), édifié tout contre le premier.


De l'application du système " D " aux risque majeurs…

 

 

Nous avons pris du retard sur l'horaire : il est encore prévu de traiter du plan Polmar, de l'information des populations autour des sites à risques et de terminer la journée avec une visite libre d'Ajaccio.


Devinez ce qui va disparaître du programme ?


C'est donc Michel Sacher, Directeur de Cypres, qui clôture la journée en nous exposant le travail original menée par son association autour de l'étang de Berre.
Financée conjointement par le MATE, le Ministère de l'Industrie et les industriels locaux, l'action du Cyprès permet d'associer les riverains (y compris les enfants), les élus locaux et les industriels dans une dynamique de dialogue, d'action et d'information préventive.

 

 

 MERCREDI

 

Pour traiter du risque naturel, nous sommes invités à Corte dans les locaux de l'Office de l'Environnement de Corse; L'autocar passe nous prendre à 7h et, deux heures plus tard, Gérard Clément, Chef de Département à l'Office nous accueille puis nous confie à Marie-Luce Castelli, toute jeune scientifique qui prendra en charge avec charme et compétence l'animation de la matinée.


Bien entendu, le risque feu de forêt tient une place prépondérante parmi les risques encourus sur l'île et nous aborderons longuement les stratégies de prévention et d'éducation mises en place, les risques liés aux habitudes d'écobuage, et la conséquence des incendies sur l'écosystème.

 

En fin de matinée, nous reprenons l'autocar afin de nous rendre dans la vallée de la Restonica dévastée par un gigantesque incendie au cours de l'été précédent.


Nous sommes conviés par l'Office dans un superbe restaurant au pied duquel coule la Restonica à l'eau parfaitement limpide.

Quelques centaines de mètres plus loin, sous la houlette de Gérard Clément et guidé par Mr Bezert, géologue, nous franchissons la barrière d'un sentier interdit au public et découvrons le spectacle de désolation laissé par le feu.


Sur les deux flancs de la vallée, des résineux aux troncs brûlés et aux racines apparentes tiennent dans un équilibre précaire que le moindre souffle de vent peut rompre à tout instant.

Le contraste entre la beauté de cette vallée au fond de laquelle coule cette eau si limpide et ces troncs noircis est saisissant.

L'après-midi tire à sa fin, nous prenons congé de l'équipe de l'Office de l'Environnement et réintégrons notre véhicule. Sylvette et André animent le retour avec Brassens, Ferret et Lapointe ; Evelyne se risque avec succès dans Eddy Mitchell et la dextérité du chauffeur nous permet de justesse d'éviter les paillardes…

JEUDI ET VENDREDI

 

Ces deux dernières journées ont pour thème central le Plan SESAM. Gérard Mignot, très en forme car il vient juste de nous rejoindre, s'attaque à la réglementation et l'alerte en milieu scolaire, puis l'information préventive à l'école. André Patte nous fait ensuite part de son expérience concernant la mise en place du plan SESAM, et de l'intérêt des exercices de simulation; ses anecdotes sont savoureuses!

 

Le programme de la matinée se termine avec les aspects psychologiques liés à la catastrophe majeure et une présentation des outils de formation dont nous disposerons pour nos futures interventions (classeur, guide, CD, vidéo, sites Internet…).

Dans l'après-midi, les stagiaires qui avaient paisiblement adopté un rythme local, vont se trouver brutalement confronté à un volume de travail très inhabituel.


Nous sommes tous invités à nous constituer en groupes de travail et à construire le planning prévisionnel de stages de formation sur 2 ou 3 jours, qui pour un établissement scolaire, qui pour le personnel de l'Académie ou pour un groupe d'écoles primaires.

Chaque groupe détermine la population concernée, le type de risque à traiter et une répartition grossière du travail de formation à effectuer par 1/2 journée.


A partir de cette base (validée par un formateur IFFO-RME), il nous faut alors établir un calendrier précis de la formation, des moyens nécessaires et des intervenants qui seront sollicités.

 

Vers 18h, de nombreux stagiaires planchent toujours et la fatigue se fait sentir.
Pour se faire pardonner, l'IFFO-RME invite stagiaires, formateurs et intervenants à un grand dîner de gala sur le port d'Ajaccio.


Qui n'a pas assisté au concours de plaisanteries de fin de repas entre Jean-Paul Hungerman et
André Patte ne peut raisonnablement prétendre être formé aux risques majeurs…

Le lendemain matin, chaque groupe effectue au tableau la restitution de son atelier ; ce travail est commenté et critiqué par l'équipe IFFO-RME ainsi que par l'ensemble des stagiaires.


La matinée se conclut par un rappel de la stratégie de l'action RME à l'Education Nationale ainsi que par un exposé de Chantal Dauphin du MATE des actions pédagogiques existantes et des points d'entrée dans les programmes scolaires permettant de traiter du risque majeur.

Nous sommes le vendredi après-midi, et c'est la dernière ligne droite. Sylvette Pierron remet solennellement l'attestation de Formateur Risques Majeurs aux stagiaires.

L'incident


Une rumeur circule, un stagiaire refuse l'attestation de formateur !
Affolée,
Sylvette Pierron diligente une enquête et découvre vite le coupable :
- " C'est vrai ce que l'on me dit ? vous ne souhaitez pas recevoir l'attestation de formateur ? "
- " Parfaitement, je veux redoubler… "

Gérard Mignot nous présente différents outils destinés à l'évaluation d'un stage de formation et nous en propose une mise en application immédiate : l'évaluation du stage de formation de formateurs. Je n'ai pas connaissance du dépouillement des évaluations, mais je peux d'ores et déjà affirmer que l'ensemble qui s'en dégagera sera très nettement positif !

Je voudrais terminer ce petit reportage par quelques conseils aux futurs stagiaires :
- prévoyez une grande valise, la documentation que l'on vous remet est TRES imposante.
- Puisque vous avez une grande valise à l'aller, profitez-en pour apporter quelques spécialités de votre région ; vous verrez comme votre initiative sera plébiscitée et comme la convivialité dans le groupe sera rapidement installée!
- Révisez vos classiques : Brassens, Brel, Dutronc, Gainsbourg…enfin qui vous voulez, mais ne laissez pas le monopole de la chansonnette aux formateurs, ils l'exploitent !